Nostalgie
Le nom des billes : du calot au mammouth

« T’échanges ton boulard contre trois agates ? » Si cette phrase te parle, tu as passé tes récrés à genoux près d’un trou dans la terre. Mais les noms des billes changeaient d’une école à l’autre, et même d’une ville à l’autre : ce qui était un calot pour toi était peut-être un boulet pour ton cousin. Voici les noms qu’on retrouve dans les sources sérieuses (Wikipédia, l’inventaire du patrimoine culturel immatériel du ministère de la Culture, les fiches USEP), avec les règles des jeux qui allaient avec.
Les noms des billes selon leur taille
C’est le premier critère de la cour : la taille. Les seuils ne sont pas officiels et varient selon les sources, mais l’ordre, lui, est à peu près toujours le même.
| Taille (environ) | Noms les plus courants | Autres noms relevés |
|---|---|---|
| 8 mm | mini bille | micro bille |
| 16 mm | bille, normale | bélier, tétine |
| 20 mm | gallot, mini calot | |
| 25 mm | calot | boulet, berlon, galot, tacot, dauphin |
| 35 mm | boulard | maxi boulet |
| 42 à 50 mm | mammouth | aigle, baleine, caille, bigaro, maxi boulard |
| Au-delà | maxi mammouth | triard |
Les tailles viennent surtout de l’article Wikipédia sur le jeu de billes. D’autres sources placent le mammouth à partir de 50 mm, ou rangent le boulard entre 26 et 45 mm. Bref, le nom dépendait de ta cour.
Le calot
Le mot le plus connu. Le dictionnaire le définit simplement comme une grosse bille à jouer. Dans les jeux, c’est souvent la bille de tir : plus lourde, elle chasse mieux les autres hors d’un cercle. Dans certaines écoles, « calot » finissait par désigner n’importe quelle bille.
Le boulard
Plus gros que le calot, autour de 35 mm. Un boulard dans la poche, c’était déjà un statut.
Le mammouth
La plus grosse bille de la cour, ou presque. Trop grosse pour la plupart des jeux, elle servait surtout à impressionner les copains et à faire des échanges très avantageux.
Les noms selon le décor ou la matière
Deuxième critère : à quoi ressemble la bille. La liste varie énormément ; ici, seulement les noms qu’on retrouve dans plusieurs sources.
- Agate. À l’origine, une bille taillée dans la pierre d’agate. Le mot a fini par désigner de belles billes de verre, et les fiches USEP notent que « les meilleures billes sont souvent appelées des agates ».
- Œil de chat. Une bille de verre transparent avec une sorte de pétale coloré au centre. Wikipédia signale aussi le nom « bisco ». Paradoxe : c’était l’une des plus courantes, donc l’une des moins cotées dans beaucoup de cours.
- Pépite (ou pépitée). Une bille de verre semée de petits grains colorés. Souvent très cotée.
- Laiteuse (ou Américaine). Une bille de verre opaque, couleur de lait.
- Terre. La bille en terre, la plus ancienne et la moins chère. Selon l’inventaire du ministère de la Culture (2012), des billes « en terre » se fabriquent encore en France, dans la Haute-Vienne.
- Porcelaine. Les billes en porcelaine et en faïence apparaissent vers 1800, bien avant celles en verre fabriquées en série.
- Acier. Une bille métallique, lourde, qu’on trouve dans les listes de noms de cour.
- Galaxie, loupe, araignée, dragon, hibou, dalmatien… Des dizaines de noms imagés selon le motif. Les fiches USEP et Wikipédia en listent beaucoup, sans définition fixe.
- Œuf et Sibérie. Wikipédia cite l’œuf parmi les billes de plus grande valeur et la Sibérie comme la plus rare.
Les noms régionaux
- La Réunion : kanettes pour les billes normales, calous pour les calots, gros calous pour les très grosses.
- Pays gallo (Haute-Bretagne) : canettes.
- Bretagne bretonnante : kanetenn.
- Belgique : une cartache ou un maillet, c’est une grosse bille de verre ou de plomb.
- Ouest de la France : la tic (le jeu) s’appelle aussi la tiquette.
Tu connais un autre nom ? C’est normal : ces mots se transmettaient à l’oral, et beaucoup ne sont écrits nulle part.
Les valeurs d’échange dans la cour
Aucune source sérieuse ne donne de « taux de change » officiel, et c’est logique : il n’y en avait pas. Chaque cour avait sa bourse, avec quelques constantes :
- Plus c’est gros, plus ça vaut. Un calot vaut plusieurs billes normales, un boulard plusieurs calots, un mammouth une petite fortune.
- La beauté compte autant que la taille. Une pépite ou une agate rare pouvait valoir plus qu’un calot banal.
- Le commun ne vaut rien. L’œil de chat, trop répandu, se faisait souvent mépriser.
- On joue « pour de vrai » ou « pour de faux ». Pour de vrai, le gagnant garde les billes. Pour de faux, on rend tout à la fin. À annoncer avant la première pichenette.
Comment on tire : les trois gestes
L’inventaire du ministère de la Culture décrit trois techniques :
- La pichenette : main posée paume au sol, l’index ou le majeur replié sous le pouce, on détend le doigt d’un coup. La bille roule.
- Le pointage : le pouce derrière l’index, c’est lui qui se détend pour envoyer la bille au ras du sol.
- Le calage : doigts repliés posés au sol, bille entre le pouce et l’index, la poussée du pouce donne de la puissance.
Interdit presque partout : pousser la bille avec le poignet. Et tricher en avançant la main avant de tirer, ou en allongeant la mesure, ça porte un nom relevé par Wikipédia : « queuter ».
Les règles des jeux de billes
Le jeu classique (au trou)
- Joueurs : 2
- Matériel : un trou de 9 à 11 cm de diamètre
Chacun lance sa bille le plus près possible du trou. Ensuite, à tour de rôle, on la pousse au doigt pour la faire entrer. Une réussite permet de rejouer, un raté passe la main. Celui qui rentre ses billes en premier gagne.
Le pot
- Joueurs : 2 à 4
- Matériel : un petit trou, le « pot », et une ligne de tir à environ 3 m
Chacun lance à son tour pour faire entrer sa bille dans le pot. On a le droit de toucher la bille d’un adversaire pour l’éloigner du trou. Chaque bille rentrée vaut 10 points. Le premier à 50 points gagne, selon la fiche USEP de Seine-Saint-Denis ; l’inventaire du ministère de la Culture décrit une version en 110 points où toucher une bille adverse rapporte aussi 10 points. Fixe le total avant de commencer.
Le triangle
- Joueurs : 2 et plus
- Matériel : une craie, des billes pour la mise
On trace un triangle au sol et chacun y dépose le même nombre de billes. Derrière une ligne de départ, on tire à tour de rôle, souvent avec son calot. Chaque bille que tu fais sortir du triangle est à toi. Selon la version décrite par le ministère de la Culture, si ta bille de tir reste coincée dans le triangle, tu dois y remettre toutes celles que tu as gagnées. Le même jeu se joue dans un carré ou un cercle.
Le triangle a même des règles officielles : il fait partie des jeux officiels de la Fédération française des jeux de billes, sur un terrain de 5 m sur 2 avec un triangle de 45 cm de côté.
La tic (ou tiquette)
- Joueurs : 2
- Matériel : deux billes
Le duel le plus simple. Le premier lance sa bille où il veut. Le second vise cette bille. S’il la rate, c’est au premier de viser la bille de l’autre, depuis l’endroit où la sienne s’est arrêtée. Le premier qui touche la bille de l’autre gagne et la garde (si on joue pour de vrai). Les fiches USEP l’appellent aussi la poursuite.
Point à régler avant : a-t-on le droit de toucher en rebondissant sur un mur ? C’était la source de dispute numéro un.
Le cercle glouton
- Joueurs : 2 et plus
- Matériel : un cercle de 30 cm tracé au sol
Chacun pose une bille au centre, en tas. À tour de rôle, on lâche sa bille depuis la hauteur des yeux sur le tas. Toute bille qui sort du cercle est à toi. Le jeu s’arrête quand le tas a disparu. Idéal avec les plus petits : pas besoin de savoir tirer.
Le Caïd des Billes, dans Rembobine

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Rembobine est un roguelike d’action jouable dans le navigateur, sans rien installer, et la Cour reste gratuite à volonté. Si tu préfères retourner à la vraie cour, tous les autres jeux sont dans notre guide des jeux de récré des années 90. Sinon, le Caïd t’attend sur Rembobine.
Questions
Comment s'appelle la grosse bille ?
Ça dépend de sa taille. Autour de 25 mm, c'est un calot (ou boulet, berlon, tacot selon les écoles). Vers 35 mm, un boulard. Au-delà de 40 mm environ, un mammouth, et les plus énormes portent parfois d'autres noms comme aigle ou triard.
C'est quoi une bille mammouth ?
C'est l'une des plus grosses billes de la cour, à partir de 42 à 50 mm de diamètre selon les sources. Elle est trop grosse pour la plupart des jeux : on la gardait surtout pour frimer ou pour l'échanger contre beaucoup de petites.
Combien vaut un calot en billes ?
Il n'y a jamais eu de taux officiel. Chaque cour fixait le sien, et la valeur dépendait autant de la beauté de la bille que de sa taille. Un calot valait toujours plusieurs billes normales, un mammouth beaucoup plus.
Quelle est la bille la plus rare ?
Dans les listes de noms de cour, la Sibérie est souvent citée comme la plus rare et l'œuf comme l'une des plus précieuses. Pour les collectionneurs, ce sont plutôt les billes anciennes faites à la main ou en marbre poli qui valent cher.
Quelle est la règle du jeu de billes le plus simple ?
La tic : deux joueurs, chacun tire à son tour vers la bille de l'autre, et le premier qui la touche gagne. On peut jouer « pour de vrai » (on garde la bille gagnée) ou « pour de faux » (on rend tout).